Demain, 27 mars 2026, cela fera 125 ans que Carl Barks est né à Merrill, Oregon. Une date que tout amateur de bande dessinée Disney devrait avoir en mémoire — car sans Carl Barks, il n'y aurait pas de Picsou, pas de Donaldville, pas de Rapetou, pas de Géo Trouvetou. Et sans doute pas de Indiana Jones non plus, tant son influence a rayonné au-delà des cases.
Carl Barks entre chez Disney en 1935, après une jeunesse de petits boulots — fermier, bûcheron, cowboy, imprimeur. Walt Disney cherche des dessinateurs ; Barks répond à l'annonce. Il passe d'abord deux ans en animation, puis rejoint l'équipe des scénaristes de Donald Duck. En 1942, il quitte le studio mais continue à dessiner des comic books pour Western Publishing — et c'est là que tout commence vraiment. Pendant vingt-quatre ans, Carl Barks va produire seul, anonymement, plusieurs centaines d'histoires de Donald et de ses neveux. Les lecteurs, incapables de mettre un nom sur ces planches d'une qualité radicalement supérieure au reste du catalogue, l'appellent simplement le « Good Duck Artist ».
En décembre 1947, dans une histoire intitulée Noël sur le Mont Ours, Barks invente un oncle pour Donald — un vieillard avare et aventurier qui ne devait apparaître qu'une seule fois. Ce personnage, c'est Balthazar Picsou — Scrooge McDuck en version originale, dont le nom rend hommage à Ebenezer Scrooge de Dickens. La mise en scène finale de cette première histoire — Picsou seul dans la dernière case, les yeux plissés — laisse deviner que Barks avait quelque chose de plus grand en tête. Il donnera à ce personnage ses propres aventures dès 1952, en feuilletant toute la psychologie d'un self-made man obsessionnel, généreux et têtu, façonné par des décennies d'aventures aux quatre coins du globe.
L'héritage de Barks dépasse largement les pages de comic books. George Lucas et Steven Spielberg ont publiquement reconnu que le piège à rocher du début de Raiders of the Lost Ark était inspiré d'une aventure de l'Oncle Picsou de 1954. Lucas a écrit que les histoires de Barks étaient « cinématiques » et « un héritage littéraire inestimable ». En 1987, Barks est l'un des trois premiers intronisés au Will Eisner Comic Book Hall of Fame. Et c'est son œuvre qui inspirera Don Rosa pour écrire, entre 1991 et 1993, La Jeunesse de Picsou — peut-être le chef-d'œuvre absolu de la bande dessinée Disney, récompensé par un Eisner Award en 1995.
En France, Glénat a publié l'intégrale de son œuvre en vingt-quatre volumes dans la collection La Dynastie Donald Duck, récompensée par le Prix du Patrimoine au Festival d'Angoulême 2012. Une manière de reconnaître ce que les amateurs savaient depuis longtemps : Carl Barks n'était pas qu'un dessinateur de comics pour enfants. C'était un auteur complet, un moraliste ironique, un conteur d'aventures qui a fait de canards anthropomorphes les véhicules d'une réflexion universelle sur l'argent, l'ambition, la famille et la condition humaine.
Carl Barks est décédé le 25 août 2000, à 99 ans, quelques mois avant son centenaire. Demain, il aurait eu 125 ans.